Double

Novembre 2017

NaNoWriMo arrangé : une nouvelle par jour pendant un mois

Lorsque Lock ouvrit la porte de chez lui, il eut un instant de surprise. Elle n’était pas verrouillée, alors qu’il était certain de l’avoir fermée en partant. Pourtant Kana ne devait pas rentrer avant le lendemain ! Alarmé, il pénétra dans son vestibule avec mille précautions et repoussa la porte sans un bruit. Le son n’était pas fort, mais il était évident que la télé était allumée. De la cuisine s’échappait une bonne odeur de tarte. Quelque chose clochait. Même si Kana était rentrée de voyage plus tôt que prévu, sa femme ne cuisinait jamais. 

Sur la pointe des pieds, il s’avança vers le salon. Il faillit hurler lorsqu’il vit, de dos, un homme tranquillement installé dans son canapé, sirotant une tasse de café. Il s’arma de la première chose qui lui tombait sous la main, un livre qu’il brandit face à lui. Il tenta de se composer un air menaçant avant de signaler sa présence à l’intrus. 

 

- Qu’est-ce que vous faites chez moi ?

 

L’étranger sursauta, laissant au passage tomber sa tasse. Le café se répandit en une large auréole brune sur le tapis. 

 

- Mais enfin, je vous retourne la question ! Comment êtes-vous entré ici ? 

 

Lock, abasourdi par le culot de l’homme, en laissant tomber son arme improvisée. 

 

- Eh bien, par la porte, tout naturellement. Je rentre d’une longue journée de travail, je souhaite me poser

tranquillement chez moi et je découvre que vous êtes déjà installé sur mon canapé. Admettez que je sois pour le moins surpris. 

 

- Ecoutez, monsieur, voilà six ans maintenant que je vis ici. Vous devez faire erreur. 

 

- Je sais tout de même où j’habite ! Tenez, sur la cheminée, il y a une photo de mon mariage ! 

 

L’intrus saisit la photo en question et la tendit à Lock. 

 

- Encore une fois vous faites erreur, monsieur. C’est moi qui suis représenté sur la photo, en compagnie de ma femme, Kana. 

 

- Comment ?? Vous vous introduisez chez moi, vous cherchez à me voler ma maison et maintenant vous vous dites marié à Kana ? Cette photo n’est qu’un montage, un amateur le verrait au premier coup d’oeil ! Regardez ce que je vais en faire, de votre trucage raté… Au feu ! 

 

Face à lui, l’inconnu restait impassible. Un homme calme et sûr de lui, sans le moindre doute. Ce manque de réactions ne fit qu’attiser la colère de Lock. S’il croyait qu’il allait se laisser faire ! Se faire voler sa vie si facilement… Hors de question !

 

- Pourquoi vous faites ça ? Pour qui travaillez vous ? Vous voulez me faire croire que je perds la raison ? Sortez immédiatement de chez moi avant que je n’appelles la police. 

 

- Calmez-vous, s’il vous plait. Ne me forcez pas à en venir aux mains, vous savez très bien que vous perdriez. Comme à chaque fois. 

 

- Parce qu’en plus vous prétendez que nous nous connaissons ? Bon, écoutez, ça suffit, la plaisanterie a assez duré. Je vous le demande une dernière fois poliment : quittez les lieux immédiatement. 

Enfin, l’intrus parut réagir. Il leva les yeux au ciel, excédé. Sa voix était monocorde, comme s’il déclamait un discours déjà mille fois répétés. 

 

- Je m’appelle Lock Tramig, je vis ici avec ma femme Kana depuis six ans. Si vous ne me croyez pas, je vous invite à passer à l’étage, vous verrez bien que vous n’êtes pas chez vous. 

 

- Parce qu’en plus vous me volez mon identité ! Cette fois-ci ça va trop loin ! Allons-y, à l’étage ! Je sais tout de même reconnaitre ma propre maison ! 

 

Les deux hommes montèrent ensemble les escaliers, l’un d’un pas lourd et colérique, l’autre trainant et blasé. Arrivé à l’étage, le visage de Lock commença à se transformer. La colère de se voir dépouiller de sa vie se transforma peu à peu en peur. 

 

- Ce… ce n’est pas du tout ainsi que j’avais aménagé ma chambre… Qu’est-ce que vous avez fait de mes meubles ? Que me voulez-vous ? 

 

Il eut un mouvement de recul lorsque l’homme le prit par les épaules et le regarda d’un air compatissant. Sa voix était douce, apaisante. 

 

- Je vous l’ai dit, je vis ici depuis six ans. Vous y avez habité également, mais vous avez voulu vous séparez de la maison à la mort de votre femme. Vous ne vous en rappelez vraiment plus ? Vous êtes déjà venu deux fois cette semaine. 

 

Lock fixa l’homme d’un air perdu. Il ne savait plus qui croire. Etait-il réellement fou ? Il essayait de se remémorer les traits de sa femme décédée, mais seuls ceux de Kana lui revenait en mémoire. Il perdait pied. Pour un peu, il allait le croire, cet homme étrange. 

 

- Ne vous en faites pas, je ne vous en veux pas. Vous vous appelez Garik, et vous êtes malade. J’ai prévenu les infirmiers, ils sont en bas. Ils vous attendent pour vous ramener chez vous. 

 

- Garik ? Ça ne me dit rien… Tout est si confus…

 

- C’est normal, tout va bien se passer. Allez, suivez-moi. 

 

L’homme passa un bras réconfortant autour des épaules de celui qui, trois minutes auparavant, pensait être Lock. Il lui fit descendre l’escalier en douceur et le confia aux deux hommes en blouse blanche qui attendaient devant la porte. Avant qu’ils ne repartent, l’homme interpella l’un des infirmiers. 

 

- Surveillez-le un peu, tout de même. Il s’échappe de plus en plus fréquemment. 

 

- Toutes nos excuses, monsieur Tramig. Il ne viendra plus vous importuner, c’est promis. 

 

En voyant la voiture s’éloigner, l’homme eut un petit sourire. Lock Tramig ne viendrait plus de sitôt. Il était tranquille pour un bon moment. Il eut un léger pincement au coeur en repensant à la détresse de l’homme à qui il avait volé la vie, mais se ressaisit aussitôt. Ça avait été si simple, pourquoi s’en priver ?

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