Réflexions nocturnes

Juillet 2015

Fanfiction Hero Corp écrite pour la Fédé de la Plume. Thème du mois : "Les superhéros en vacances"

Encore un couloir. Long, étroit, sombre. Courir. Toujours, sans s’arrêter. Un regard en arrière. Rapide. Inquiet. Hypnos est toujours là. Immobile. Toujours aussi près. 


Accélérer. S’échapper. Hypnos, toujours. Partout. 
 

Courir. Encore. Fuir. Fuir à jamais. Tomber. Se relever. Sans pouvoir le distancer. Hypnos le traque. Hypnos le suit. Hypnos ne le laissera jamais en paix. 


Une lumière. Courir. Se libérer. La lumière s’éloigne. Courir. Plus vite. Hypnos plus proche. La sortie plus loin. Les couloirs se referment. Hurler. Etouffer. Obscurité totale. Hypnos est là. Il le sent. Si proche.

 

John ouvrit les yeux, haletant. Le regard rivé au plafond, la main crispée sur sa poitrine, il ne pouvait plus bouger. Au bout de quelques minutes, il réussit enfin à calmer sa respiration et les battements affolés de son cœur. La brûlure de son torse, au niveau de la marque d’Hypnos à présent disparue, s’estompa. Alors seulement il put se redresser lentement et reprendre peu à peu conscience de son environnement. Assis sur son lit, le dos calé contre son oreiller, il fouilla du regard la pénombre de sa chambre. 


Tout était calme. Eléna dormait paisiblement à ses côtés. Machinalement, John frotta l’emplacement de son ancienne marque. Alors qu’il n’avait plus senti la moindre douleur depuis la disparition d’Hypnos et de sa cicatrice, voilà plusieurs nuits qu’il se réveillait avec cette horrible sensation qu’il croyait avoir oubliée. 


Il laissa retomber sa tête en arrière avec un long soupir. Ses cauchemars étaient de plus en plus fréquents. Enfin, plus exactement, son cauchemar. Toujours le même, toujours aussi oppressant. Se tournant vers le côté, il tenta de se rendormir. Mais les yeux à peine fermés, l’image d’Hypnos s’imposa dans son esprit. La même vision que dans ses rêves. Cette même impression angoissante que, même immobile, Hypnos le suivait à la trace. Dans un nouveau soupir, John s’assit au bord du lit. Impossible de se recoucher, maintenant. 


Il était ridicule. Hypnos avait été détruit plusieurs semaines auparavant. John ne risquait plus rien. Il fallait qu’il se calme, qu’il oublie ces cauchemars. Il lui fallait impérativement reprendre ses esprits pour affronter leur nouvel ennemi. Il n’avait plus de raison de s’inquiéter, il était redevenu le John d’avant. Avant Hypnos, avant le monastère, avant… Avant quoi, d’ailleurs ? Au fond, il l’avait toujours eu, cette marque. Au fond, il y avait toujours eu un peu d’Hypnos en lui.


Soudain, l’atmosphère de la chambre lui parut irrespirable. Il fallait qu’il sorte. Qu’il prenne l’air. Il se précipita vers la fenêtre, l’ouvrit en grand, respira profondément l’air brûlant de cette nuit d’été. Ses amis l’avaient convaincu de partir avec eux prendre quelques jours de vacances loin de la ville. Plus le temps passait et plus John regrettait sa décision. Des vacances alors qu’un ennemi d’un genre inconnu les menaçait… Tant qu’ils n’en sauraient pas plus sur le gouverneur, les super-héros n’auraient pas de répit. 


Cela, John n’avait pas eu le cœur de le dire à ses amis. Ils étaient tous tellement gentils, tellement attentionnés depuis son… retour. Parfois, John se demandait s’ils n’avaient pas peur de lui. De ce qu’il avait été capable d’être. De ce qu’il était toujours un peu, finalement. Se débarrasse-t-on jamais d’une identité ? Hypnos avait fait partie de lui, avait été lui et avait laissé des traces indélébiles. Il suffisait de voir la lueur d’inquiétude qui traversait de temps en temps les yeux de Doug. Il suffisait de croiser le regard indéchiffrable que Klaus posait parfois sur lui pour comprendre que plus rien ne serait comme avant. 
Klaus… Il avait accepté d’endosser le pire des rôles pour lui. Il avait accepté de le tuer. Et pourtant, son ami paraissait toujours jovial et motivé. Comme si pour lui rien n’avait changé. Comme si le fait que John ait abrité Hypnos n’avait eu aucune incidence sur leur amitié. Comme si le fait que Klaus ait du le tuer n’avait pas d’importance. 


Ce n’était sûrement qu’une façade. Plus rien n’était pareil. Pourtant, jamais John ne mettrait en doute l’amitié de Klaus ou Doug. Et encore moins l’amour de Mary. Peut-être alors que c’était de lui que venait le problème. Lui qui voulait voir une différence. Lui qui ne se sentait plus le droit à tant d’affection. Lui qui n’était peut-être pas si définitivement débarrassé de ses démons.


John laissa un long moment son esprit vagabonder en observant la campagne environnante. Le paysage si paisible sous la lumière argentée de la lune finit par calmer ses inquiétudes. Après tout, si ses amis lui avaient pardonné son passage chez les H, ne pouvait-il pas le faire lui aussi ? Tout simplement accepter ce qu’il était, ce qu’il avait été. Profiter de ces quelques jours de pause pour reconstruire ce qu’il avait mis en péril. Et partir plus forts, tous ensemble, combattre leur nouvelle menace. Comme au bon vieux temps.

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